Lontano – Jean-Christophe Grangé

Titre: Lontano

Auteur: Jean-Christophe Grangé

9782226318169g JC grangé

Résumé:

Éminence grise du pouvoir, Grégoire Morvan a connu ses heures de gloire en Afrique dans les années 80, en arrêtant au Zaïre « l’Homme clou », tueur en série au rituel atroce, inspiré des plus violents fétiches africains. Quarante ans plus tard, en France, les cadavres mutilés, criblés de ferraille et de tessons s’accumulent : la marque de « l’Homme clou », totem de la folie meurtrière née au plus profond de l’Afrique. Le passé trouble de son père – fantôme menaçant de sales affaires enterrées – rattrape alors Erwan Morvan, le meilleur flic de la crim’.  Saga familiale, roman psychologique et roman noir, Lontano est une plongée verticale dans les ténèbres de l’âme, roman paroxystique et vertigineux, dérangeant comme ces rites primitifs qui nous fascinent et nous effarent.

 tampon-clear-arabesque

Mon avis:

J’ai eu la chance de recevoir ce roman plusieurs jours avant sa sortie (merci aux éditions Albin Michel!), je ne vous dis pas l’état d’hystérie quand je l’ai découvert ;-). Grangé est l’un des premiers auteurs de polars que j’ai lu, au collège, avec La ligne noire et L’empire des loups. Depuis, je n’en manque pas un seul!

Si certains sont meilleurs que d’autres pour moi (Le passager et Le vol des cigognes ne m’ont pas touchée, par exemple), quel que soit le livre, Grangé est probablement l’auteur dont je préfère l’écriture. J’adore la façon dont il écrit, je trouve que c‘est un vrai magicien des mots, c’est noir, sec, brut de décoffrage, mature, mais en même temps il arrive à glisser de la poésie dans certaines tournures et c’est vraiment agréable à lire. Bien sûr, Lontano ne fait pas exception à la règle 🙂

On est plongés ici dans le quotidien d’un clan (les Morvan) pendant une enquête dirigée par le fils aîné, Erwan. Le père est l’archétype du patriarche autoritaire et abusif; la fille se prostitue en voulant croire que ça lui permettra de devenir actrice; le second fils est un trader toxico; et la mère apparait comme la victime de son mari violent… Bref, une jolie (hum) famille complètement dysfonctionnelle qui prend beaucoup de place dans ce récit, alors que la dimension familiale n’est jamais beaucoup ressortie de ses précédents romans. On sent que les personnages sont très travaillés, et si certains apparaissent plus que d’autres (le père, Grégoire, et Erwan le flic), tous ont une psychologie sur laquelle il est intéressant de se pencher.

L’enquête (parce que oui, Grangé, ce sont des enquêtes) démarre quand Erwan est envoyé en Bretagne pour élucider le mystère qui entoure la mort d’un jeune étudiant (mort qui a eu lieu pendant les bizutages de début d’année). L’affaire va rapidement s’avérer (beaucoup) plus complexe que prévu, et Erwan découvrira en chemin bien des choses sur son père qu’il ne savait pas. A côté de ça, il tente de gérer les frasques de sa soeur et de son frère.

Comme la famille Morvan, l’Afrique et ses croyances prennent une place prépondérante dans le roman, alors que très peu de scènes s’y déroulent. Entre l’enquête qui va amener Erwan à s’intéresser aux mythes Africains et les magouilles de Grégoire au Congo, il parait évident (d’ailleurs, Grangé l’a confirmé) que la suite du roman (ouiiii, il y a une suite prévue!) se déroulera en grande partie sur ce continent.

A force de multiplier les intrigues, on aurait pu croire que Grangé perdrait ses lecteurs en route, mais pas du tout. C’est complètement maîtrisé et je dirais même que c’est probablement son livre le plus ambitieux et le plus abouti. Ce n’est pas forcément celui que j’ai préféré (j’ai eu un peu de mal à m’attacher à ces personnages tous plus torturés les uns que les autres; de plus, l’Afrique n’est pas forcément un thème qui me parle à la base, et puis je trouve qu’il y a un petit souci de rythme entre la première partie en Bretagne et la seconde ou tout s’accélère très vite), mais c’est indéniablement un excellent roman et un excellent polar! 

Je suis très curieuse de lire le second tome – j’aimerais notamment en découvrir plus sur la relation qui lie les parents Morvan, car Maggie (la mère) m’a vraiment intriguée. On la croit faible mais finalement, l’est-elle tant que ça?

En résumé, encore une bonne pioche avec ce nouveau pavé signé Grangé! Je ne peux que vous inviter à le découvrir 🙂

En résuméImage7

tampon-clear-arabesque

En bonus, voici des extraits d’une interview de l’auteur à propos de la sortie du livre (trouvée ici):

Paris Match: (Concernant les) personnages réels que vous mettez en scène dans “Lontano”, vous évoquez aussi des combines politiques, les procès se multiplient autour des romans, le redoutez-vous ?
Jean-Christophe Grangé: Non, parce qu’ils ne sont que des personnages de décor. Et oui, j’évoque des combines politiques mais qui sont avérées. Les détails réels sont pour moi une technique littéraire pour donner une impression de réalisme, c’est tout. Mon histoire est très abracadabrante, il faut donc des faits réels pour la rendre crédible, sinon nous serions dans le conte.

Histoire abracadabrante, donc, mais n’y allez-vous pas tout de même un peu fort dans les travers des personnages, une fille prostituée, un fils drogué, un père violent… ?
Oui, j’y vais fort. J’aime tout exacerber, j’aime ce qui est excessif. C’est ce que j’apprécie aussi au cinéma ou dans les séries. La mule est chargée, c’est vrai, mais il s’agit d’une enquête policière avec des digressions. Mon imaginaire est noir, et cela se ressent. On ne peut pas avoir un tueur en série qui, en rentrant chez lui, se fait engueuler par sa femme parce qu’il n’aurait pas fait la vaisselle. Le plan-plan, ce n’est pas possible. Je vous assure que, dans la vie, j’aime les histoires romantiques, mais j’ai du mal à les caser dans mes livres.

Justement, n’êtes-vous pas allé plus loin cette fois dans les scènes de crime et de sexe ?
De crime, non. Pour le sexe, je suis allé sur le terrain du sadomasochisme et du “fetish” en particulier : ces gens qui se déguisent lors de soirées dédiées au sexe. Ça m’a toujours intéressé, ce monde totalement déjanté. Alors c’était tentant que le tueur soit issu de ce milieu. J’ai enquêté, écouté des gens qui pratiquent, ceux qui ont une déviance plus grande. La déviance est source de désir. Ça m’a sidéré d’assister à ces soirées où tout le monde est en latex. Le tueur est terrifiant parce que c’est un monstre, mais il appartient à notre communauté et ces gens aussi. La violence et la déviance sont potentiellement en chacun de nous. J’aime déceler les pulsions cruelles que nous pouvons tous avoir. En général, je n’aime pas beaucoup les scènes de sexe, ça ralentit la machine, ça sort le lecteur du livre.

Avec le second tome, l’histoire atteindra les 1 600 pages… Comment travaillez-vous ?
J’ai la chance d’avoir des idées qui germent toutes seules, et les toiles de fond proviennent de ma vie professionnelle de grand reporter que j’ai vécue pendant dix ans. Cela me fait des archives mentales qui nourrissent mon imaginaire. Ça peut être un bouillonnement. Après, je structure mes personnages, et surtout, la colonne vertébrale de l’enquête. J’écris ensuite avec mon synopsis détaillé, mais quand d’autres idées viennent au cours de l’écriture, je le reconstruis. En troisième étape, je fais des mini-reportages que j’intègre, comme avec le milieu SM.

Et le milieu policier, l’avez-vous infiltré pour créer Morvan ?
Je le connais bien, le 36 quai des Orfèvres, depuis le temps ! Mais, entre nous, il y a peu de flics comme Morvan. Le quotidien d’un flic, ce n’est pas ce qu’on trouve dans mes livres ! Dans leur carrière, il ne leur arrive pas le dixième de ce que je raconte. Avec ce personnage, mélange de flic et de barbouze, j’ai voulu instiller l’idée christique de celui qui se salissait les mains pour racheter les péchés des politiques, pour sauver la République. L’époque a un peu changé, c’est vrai. A l’époque de De Gaulle, on liquidait des gens ! J’ai toujours été fasciné par quelqu’un comme Pasqua…

Ne craignez-vous qu’on vous reproche de faire l’apologie du crime ?
Non, à travers toute cette violence, il y a une chose qui ressort, c’est l’amour de Morvan pour ses enfants. Il fait des choses terribles mais il est comme tout le monde, il aime et veut protéger ses enfants. Le sujet sensible, c’est qu’il bat sa femme. Pour moi, il n’y a rien de pire. Un homme ne doit pas frapper une femme. Mes livres sont d’une grande noirceur mais ils sont optimistes. Le flic gagne toujours à la fin. Et j’explique comment le tueur en est arrivé là. Tant pis si j’ai l’air benêt, je suis convaincu que les tueurs ont toujours souffert d’un manque d’amour et vécu l’enfer durant leur enfance.

Vous véhiculez aussi des clichés sur l’Afrique…
Morvan est un vieil habitué de ce continent, il a ses préjugés. Il aime autant les Africains qu’il les déteste. En tant qu’ancien journaliste je sais que les préjugés ne tiennent pas. Il n’y a pas de vérités. Je me permets des écarts de langage dans la bouche de Morvan qui appelle les Africains “les négros”, mais il les adore. C’est drôle comme dans mes livres on ne me reproche pas de mettre en scène des tueurs qui coupent des femmes en morceaux, mais il y a des mots que je n’aurais pas le droit d’utiliser… Les éditeurs me font souvent retirer ce qui n’est pas politiquement correct. Quelle oppression ! Mais Morvan ne peut pas s’exprimer comme on écrit ! Imaginez que je lui fasse dire “les personnes de couleur”, ça ne collerait pas.

Publicités

15 réflexions sur “Lontano – Jean-Christophe Grangé

  1. Il est vrai que c’est un récit prenant . Il manque néanmoins la petite musique de Sergio Léone pour se croire dans un western . Le coup de poing et la gâchette sont tellement facile , qu’on se demande s’il existe une justice parce que celle se fait directement entre ceux que l’on appellent les bons et les méchants . Et c’est vrai que les bons sont souvent des brutes . Musique !
    La suite éclairera sans doute ces doutes !!!! l’histoire s »em-balle , bon je me tire …. à suivre !

    Aimé par 1 personne

Une petite bafouille?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s